Kpalimé, carrefour des mémoires : quand les danses martiales du Togo et de la Guadeloupe se rencontrent
En janvier prochain, la ville de Kpalimé deviendra le théâtre d’une rencontre artistique rare, où se croiseront les mémoires, les corps et les rythmes de deux cultures apparemment éloignées, mais profondément connectées : celles du Togo et de la Guadeloupe. Pendant six jours, du 19 au 24 janvier 2026, artistes, danseurs et musiciens exploreront les points de convergence entre la danse Ablafo, héritage rituel du sud-ouest togolais, et le Jémélé Goumé, danse martiale créole née de la résistance et de l’affirmation identitaire.
Un projet né de rencontres et de résistances partagées
L’idée de cette résidence est le fruit d’échanges entre artistes et structures culturelles des deux territoires, révélant une proximité surprenante entre des pratiques corporelles issues de contextes historiques différents, mais toutes deux porteuses de mémoires, de luttes et de transmissions collectives. « Ces danses, souvent présentées de manière fragmentée ou folklorisée, méritent d’être réinterrogées dans leur profondeur et leur actualité », explique l’équipe porteuse du projet.
Le thème « Danses martiales, cultures et connexions » s’impose comme une évidence : il s’agit de mettre en lumière le corps comme espace de résistance, de protection et de transformation, tout en créant des ponts entre les héritages africains et caribéens. « Ces pratiques interrogent le vivre-ensemble, la mémoire et la résilience, des enjeux plus que jamais contemporains », souligne M. Léonard YAKANOU, l’administrateur de cette résidence.
Kpalimé, terre d’ancrage et d’inspiration
Le choix de Kpalimé n’est pas anodin. Ville carrefour des traditions du sud-ouest togolais, elle est le berceau de la danse Ablafo, pratique rituelle encore vivante, liée à la spiritualité et à l’équilibre communautaire. L’Espace Culturel Alowonou, partenaire central du projet, offrira un cadre propice à la recherche, à l’immersion et aux échanges entre artistes et communauté locale.
« Travailler sur ces danses dans leur territoire d’origine permet de se reconnecter à leur contexte culturel, spirituel et social », précise l’administrateur de l’événement. Le paysage naturel de Kpalimé (montagnes, forêts, climat) nourrira également la création, invitant les artistes à une approche sensorielle et respectueuse de l’environnement.
Des artistes aux parcours complémentaires
La résidence réunira des artistes togolais et guadeloupéens et d’Europe, porteurs de savoirs traditionnels et de recherches contemporaines. Parmi eux, des danseurs, musiciens et chorégraphes qui, à travers leurs pratiques, interrogent la mémoire, la transmission et l’innovation.
La rencontre entre Ablafo et Jémélé Goumé sera au cœur du processus. Si la première est liée aux rites et à la spiritualité, la seconde incarne une danse de combat symbolique, née dans un contexte de résistance. « Ces deux formes dialoguent avec les mêmes enjeux : le corps comme lieu de mémoire, de résistance et de transformation », explique Romuald Seremes, directeur artistique de la résidence.
Une résidence ouverte sur l’avenir
Pendant six jours, les artistes alterneront temps de transmission, improvisations, échanges et expérimentations. Le public sera invité à découvrir le fruit de ce travail lors d’une restitution publique le 24 janvier 2026 à l’Espace Culturel Alowonou. Il ne s’agira pas d’un spectacle abouti, mais d’un partage de processus, mêlant performance chorégraphique, musique live et moments d’échange.
Au-delà de Kpalimé, ce projet est appelé à circuler. Les pistes artistiques issues de cette résidence serviront de base à une création chorégraphique future, destinée à voyager en Afrique, en Europe et dans la Caraïbe.
Pourquoi ce projet résonne aujourd’hui ?
À l’heure où les questions de mémoire, de vivre-ensemble et de résistance traversent nos sociétés, cette résidence propose une réponse artistique et sensible. Elle rappelle que les corps, les rythmes et les gestes sont des vecteurs de transmission, de dialogue et de résilience. « Il s’agit de réaffirmer le corps comme lieu de transformation, dans un monde où les identités et les territoires sont en constante reconfiguration », conclut l’équipe.
Rendez-vous est donc donné à Kpalimé, du 19 au 24 janvier 2026, pour vivre cette aventure artistique unique.
Par Djamiou ABOUDOU pour L’Émissaire – Culture & Société.
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