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L’Afrique subsaharienne, futur géant du gaz naturel

Alors que le monde s’oriente vers une transition énergétique, l’Afrique mise sur le gaz naturel pour dynamiser son économie et répondre à une demande croissante. Selon le rapport « The State of African Energy » publié par la Chambre africaine de l’énergie, la demande africaine en gaz devrait bondir de 60 % d’ici 2050, faisant du continent un acteur clé dans le paysage énergétique mondial. Contrairement aux autres combustibles fossiles, le gaz est le seul dont la part dans la demande mondiale d’énergie primaire est appelée à augmenter.

Un basculement géographique se dessine : si l’Afrique du Nord (Algérie, Égypte, Libye) domine actuellement la production, sa part devrait chuter sous les 40 % d’ici 2035, au profit de l’Afrique subsaharienne. Cette région, qui abrite 70 % des réserves récupérables du continent (plus de 400 000 milliards de pieds cubes), est appelée à devenir le moteur de cette croissance. Le Nigeria, déjà leader régional, mène la charge avec son initiative « Décennie du gaz », tandis que des pays comme le Mozambique, la Tanzanie, le Sénégal, la Mauritanie et l’Angola émergent comme de nouveaux acteurs majeurs.

Deux leviers de transformation : exportations et industrialisation locale

Le gaz naturel offre à l’Afrique une double opportunité : renforcer ses recettes d’exportation et stimuler son développement industriel interne.

1. Les exportations : une manne pour les économies africaines

En 2024, l’Afrique subsaharienne a exporté 26,9 millions de tonnes métriques (MMt) de GNL, principalement vers l’Asie (60 %) et l’Europe (25 %). Avec l’arrivée de la Tanzanie sur le marché, les volumes pourraient quadrupler d’ici 2050, selon les prévisions. La proximité des producteurs subsahariens avec les marchés atlantiques et indiens leur permet de jouer un rôle clé en tant que fournisseurs d’appoint, profitant des fluctuations des prix et des perturbations de l’offre mondiale.

Des projets comme Coral Sul (Mozambique), Greater Tortue (Sénégal-Mauritanie) et Congo LNG ont déjà commencé à alimenter les flux d’exportation. Par ailleurs, des obligations de marché intérieur (DMO) imposées dans certains pays (Nigeria, Sénégal, Angola) garantissent que la croissance des exportations profite aussi à la consommation locale. Au Sénégal, par exemple, le projet Greater Tortue devrait alimenter une centrale électrique de 3 GW d’ici 2050.

2. L’industrialisation nationale : électrification, transports et produits dérivés

Le gaz naturel est de plus en plus utilisé pour produire de l’électricité, avec des capacités en hausse au Nigeria (12,6 GW), au Ghana (2,9 GW) et au Mozambique (1,1 GW). Des pays comme le Sénégal et le Ghana recourent même à des centrales flottantes pour répondre à la demande côtière.

Au-delà de l’électricité, le gaz sert de matière première pour des produits dérivés (engrais, pétrochimie) et des applications industrielles (traitement des métaux). L’Angola et le Nigeria, par exemple, misent sur le gaz pour réduire leurs importations et développer des infrastructures locales. Le Nigeria a lancé en 2022 un programme national pour promouvoir les véhicules au gaz naturel comprimé (GNC), tandis que l’Angola cible les secteurs des engrais et de la pétrochimie.

Les défis à surmonter : infrastructures, tarifs et stabilité politique

Malgré son potentiel, l’Afrique doit relever plusieurs défis pour concrétiser sa révolution gazière :

  • Économie en amont : Le gaz non associé, bien que plus flexible, nécessite des prix compétitifs pour attirer les investissements.
  • Accès au marché : Des contrats à long terme avec des acheteurs solvables et des modèles de consommation prévisibles sont essentiels.
  • Infrastructures : Gazoducs et usines de GNL doivent être développés, mais les investisseurs exigent des garanties de demande.
  • Stabilité politique et fiscalité : Les gouvernements doivent trouver un équilibre entre redevances, fiscalité et obligations locales pour rassurer les investisseurs.

L’Afrique détient les deuxièmes plus grandes réserves de gaz non exploitées au monde (après la Russie), notamment dans les bassins de Rovuma (Mozambique/Tanzanie) et du Delta du Niger (Nigeria). Pourtant, ces ressources restent largement inexploitées en raison de ces obstacles.

Le gaz, combustible de transition pour l’Afrique

Face à la baisse des prix mondiaux du GNL, le gaz naturel s’impose comme une solution de transition : plus propre que le charbon ou le pétrole, polyvalent pour l’électricité et l’industrie, et de plus en plus compétitif. Pour en tirer pleinement profit, l’Afrique doit :

  • Résoudre le paradoxe infrastructure/demande via des contrats fiables et des politiques fiscales équilibrées.
  • Renforcer la coopération régionale pour mutualiser les infrastructures et les marchés.
  • Stabiliser son environnement politique pour attirer les investissements à long terme.

L’Afrique se trouve à un tournant historique. Si elle parvient à surmonter ses défis structurels, le gaz naturel pourrait transformer son économie, créer des emplois, et offrir un accès à l’énergie à des millions de personnes. « La production de gaz ne fera pas que bondir, elle transformera tout le continent pour le mieux », souligne le rapport. À condition que gouvernements, investisseurs et populations unissent leurs forces pour en faire une réalité.

Par Djamiou ABOUDOU, Journaliste environnemental

L'EmissaireAdmin

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