Décret royal à Dakar : Diomaye Faye limoge Sonko, la fin de la « cohabitation impossible »
La rupture tant redoutée est consommée. Ce 23 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a signé un décret mettant fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko et dissout l’ensemble du gouvernement. Retour sur une crise de confiance qui a miné l’exécutif sénégalais pendant près d’un an.
L’histoire retiendra que c’est un décret présidentiel, sec et sans appel, qui a tranché le nœud gordien de la collaboration au sommet de l’État sénégalais. Ousmane Sonko n’est plus Premier ministre. Bassirou Diomaye Faye, son ancien mentor présumé, a choisi la manière forte : dissolution du gouvernement, limogeage de l’homme qui se présentait comme son « faiseur de roi ». La fable politique « Diomaye, c’est Sonko » s’achève dans un fracas d’annonces officielles.
Le « problème d’autorité » (2025)
Les signes annonciateurs ne manquaient pas. Dès juillet 2025, Ousmane Sonko avait publiquement évoqué un « problème d’autorité » au sommet de l’État, sans jamais cibler nommément le président. Les observateurs y virent alors un tacle glissé vers celui qu’il avait pourtant porté au pouvoir. Le malaise était né.
Le Tera Meeting (novembre 2025) : la démonstration de force
En novembre 2025, Sonko organise un rassemblement monstre, le « Tera Meeting ». Des milliers de partisans répondent présent, scandant son nom. L’objectif est clair : rappeler à Diomaye et à la nation qui détient la véritable légitimité populaire. Ce meeting est perçu comme une prise de distance, une mise sous tutelle inversée. La cohabitation devient une compétition de légitimités.
La goutte d’eau survient quelques jours avant le décret. Devant l’Assemblée nationale, Sonko critique ouvertement la gestion financière de la présidence. Il lance alors une phrase qui sera analysée comme un acte de défiance suprême :
« Je ne suis pas un Premier ministre qui obéit aveuglément» .
Pour Diomaye Faye, la ligne rouge est franchie. Un chef ne peut tolérer qu’un subalterne revendique son indépendance en public.
Dès novembre 2025, Diomaye avait commencé à préparer le terrain. Il nomme Aminata Touré à la tête de la coalition présidentielle, évinçant une alliée de premier plan d’Ousmane Sonko. Ce remplacement discret, sans affrontement direct, affaiblit Sonko là où il est le plus vulnérable : le contrôle des alliances.
Le 2 mai 2026, lors d’un entretien télévisé, Diomaye dénonce la « personnalisation excessive » autour de la fonction de Premier ministre et annonce : « Si la confiance n’est plus là, je n’hésiterai pas à m’en séparer. » Le message est public, l’opinion est préparée.
Aujourd’hui, le décret est tombé. Selon une source proche de la présidence citée par Africapresse, « Diomaye a compris que le principal danger était de laisser cette inimitié latente pourrir. Il a choisi la rupture nette, prenant de vitesse un Sonko qui évoquait déjà un possible retour dans l’opposition. »
Dépossédé de son poste, l’ancien Premier ministre conserve une base militante intacte et une légitimité populaire que Diomaye ne pourra ignorer. L’hypothèse d’un retour dans l’opposition active, voire d’une candidature à la prochaine présidentielle, circule déjà dans les milieux politiques dakarois. Le « faiseur » pourrait devenir le principal adversaire.
Le prince a gagné la première bataille, mais la guerre est loin d’être finie. L’équilibre des pouvoirs sénégalais vient de basculer. Reste à savoir si ce divorce était « mûr ou précipité », comme s’interroge Africapresse. Une seule certitude : la politique sénégalaise entre dans une séquence où les anciens alliés se regardent désormais en chiens de faïence.
L’Émissaire
By Djami A.
