Le Togo à Bichkek : Faure Gnassingbé plaide pour une Afrique acteur de la recomposition mondiale
Au 26e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a porté la voix de l’Afrique devant les dirigeants eurasiens. L’occasion de défendre un multilatéralisme réformé et une Afrique pleinement souveraine face à l’émergence d’un ordre mondial multipolaire.
Bichkek, tribune de premier plan pour le Togo
Le mardi 1er septembre, à Bichkek (Kirghizistan), le Togo était représenté par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, au 26e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Élargi à quelques pays invités, ce rendez-vous a réuni les plus hauts dirigeants de l’espace eurasien — Chine, Russie, Inde, Biélorussie, Turquie, Pakistan, Iran, Kazakhstan, entre autres — autour d’une réflexion centrale : la transformation de l’ordre international et l’émergence d’un monde davantage multipolaire.
Porte-voix diplomatique de l’Afrique à cette tribune, le leader togolais a livré une réflexion approfondie sur la place du continent dans cette recomposition en cours.
Un monde qui se recompose, une Afrique qui doit s’affirmer
À l’entame de son intervention, le Président du Conseil a dressé un constat lucide :
« Le monde change, de nouveaux centres de puissance émergent, de nouveaux équilibres économiques se dessinent, de nouvelles voix veulent être entendues. »
Face à cette mutation, Faure Gnassingbé a structuré sa vision autour de trois axes : la relation entre multipolarité et multilatéralisme, l’avenir des Nations unies, et la dimension économique de la justice internationale.
Sur le premier point, il a invité à la prudence :
« La multipolarité doit nous donner davantage de choix et non créer de nouvelles divisions. Pour l’Afrique, l’émergence de nouveaux partenaires est une opportunité. Elle nous permet de diversifier nos relations, de réduire certaines dépendances et surtout de mieux choisir nos partenariats en fonction de nos propres priorités. Mais soyons lucides, davantage de pôles de puissance ne signifie pas automatiquement davantage de justice. La multipolarité peut aussi produire plus de rivalités, de fragmentation et de rapports de force. »
ONU : une réforme nécessaire pour l’avenir du système multilatéral
Le leader togolais a ensuite porté sa réflexion sur le système multilatéral et, en particulier, les Nations unies :
« Les Nations Unies restent indispensables, mais elles doivent profondément évoluer dans un monde plus multipolaire. Nous avons besoin davantage de multilatéralisme et non de moins. L’ONU reste notre seul espace véritablement universel. Mais nous devons aussi regarder objectivement ses limites. Lorsque les grandes puissances s’opposent, nos institutions sont trop souvent paralysées. Lorsque les mêmes règles semblent appliquées différemment selon les crises, leur légitimité s’affaiblit. »
Sur la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale, il a de nouveau appelé à une représentation plus juste :
« Lorsque l’Afrique reste insuffisamment représentée, nous ne pouvons pas parler d’un ordre mondial pleinement juste. Défendre les Nations Unies ne signifie donc pas défendre le monde d’hier. Cela signifie plutôt les transformer pour le monde de demain, y compris dans la composition de ses organes de direction. Cela signifie aussi mieux articuler l’ONU avec l’Union africaine, l’Organisation de coopération de Shanghai et les autres organisations régionales. »
Donner une véritable capacité de choix au Sud
Le chef de l’exécutif togolais a enfin insisté sur une dimension moins souvent évoquée : la capacité réelle des pays du Sud à financer leur propre développement et à transformer localement leurs ressources.
« Un ordre mondial plus juste doit donner au Sud une véritable capacité de choix. Être mieux représenté ne suffira pas. Nos pays doivent aussi pouvoir financer leur développement, transformer leurs ressources et créer davantage de valeur chez eux. C’est tout le sens que nous devons donner aux institutions de coopération régionale, et au rapprochement entre l’Afrique et les grands pôles émergents. »
Une diplomatie togolaise qui confirme son rôle
À la suite de Faure Gnassingbé, plusieurs dirigeants ont élevé leur voix pour appeler à un monde solidaire, plus juste, sécurisé et épris de paix.
Pour le Togo, qui renforce un peu plus son statut d’acteur diplomatique de médiation et d’ouverture, l’ambition est claire : faire de l’Afrique un acteur stratégique, souverain et autonome de la recomposition mondiale, capable de nouer des partenariats équilibrés.
En bref
- Événement : 26e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS)
- Lieu : Bichkek, Kirghizistan — 1er septembre
- Représentation togolaise : Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil
- Message clé : une Afrique souveraine dans un ordre mondial multipolaire et réformé
Djamiou ABOUDOU
