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IA : le Togo mise sur ses langues locales

Le Togo lance une initiative nationale pour intégrer ses langues locales dans le développement de l’intelligence artificielle (IA). Baptisé « Voix du Togo », ce programme vise à collecter des données vocales et textuelles afin de concevoir des modèles capables de comprendre, de traduire et de parler les langues nationales.

Porté par le ministère de l’Efficacité du service public et de la Transformation numérique, le projet repose sur la participation des citoyens. Depuis le début du mois d’octobre, les Togolais sont invités à contribuer à cette collecte à travers une plateforme en ligne, en enregistrant des phrases, en transcrivant des fichiers audio et en traduisant des textes.

Prévu sur trois ans, le programme ambitionne de développer des ressources linguistiques et des modèles d’IA adaptés aux réalités du pays. L’objectif est notamment de faciliter l’accès aux services publics, aux soins de santé et à la justice pour les personnes qui maîtrisent peu ou pas le français.

Des applications dans plusieurs secteurs

Les technologies envisagées pourraient permettre à un patient de décrire ses symptômes dans sa langue, à un usager d’effectuer une démarche administrative à l’oral ou encore de traduire des dépositions judiciaires vers le français.

Le programme entend également contribuer à la préservation du patrimoine linguistique togolais, en favorisant la documentation et l’écriture de langues encore peu représentées dans les outils numériques.

Pour chaque langue ciblée, le challenge prévoit de collecter 50 heures d’enregistrements audio validés, 6 000 paires de phrases traduites et des contributions d’au moins 500 locuteurs différents. Les données seront vérifiées avec l’appui de linguistes et des communautés concernées avant d’être utilisées pour entraîner les modèles.

Des compétitions seront ensuite ouvertes aux étudiants, chercheurs, développeurs et start-up afin de favoriser la conception de solutions adaptées aux besoins locaux.

Lors du lancement, la ministre chargée de la Transformation numérique, Cina Lawson, a comparé l’apprentissage de l’intelligence artificielle à l’éducation d’un enfant, soulignant l’importance de transmettre aux machines les connaissances et les langues du pays.

Une première phase dans trois langues

La phase pilote, prévue sur un mois, concerne l’éwé, le kabyè et le moba. La collecte doit ensuite s’étendre aux 47 autres langues nationales annoncées dans le cadre du programme. Des agents de terrain seront également mobilisés pour toucher les populations disposant d’un accès limité au téléphone et à Internet.

Cette approche vise à éviter que la participation au projet ne soit réservée aux personnes les mieux connectées.

Un enjeu d’inclusion numérique

Avec une cinquantaine de langues utilisées au quotidien, le Togo dispose d’un patrimoine linguistique encore insuffisamment représenté dans les technologies numériques. Leur intégration à l’intelligence artificielle pourrait réduire certaines barrières linguistiques dans l’accès aux services dématérialisés.

L’initiative s’inscrit dans la stratégie nationale d’intelligence artificielle, qui fait de la constitution de données en langues locales une priorité. Elle accompagne également l’ambition du gouvernement de positionner le Togo comme un pôle de référence de l’IA en Afrique de l’Ouest à l’horizon 2030.

La réussite du programme dépendra toutefois de la qualité des données collectées, de la représentativité des locuteurs, du respect de leurs droits et de la capacité des outils développés à comprendre les différentes variantes linguistiques.

Les citoyens peuvent participer au challenge sur le site officiel : voixdutogo.gouv.tg.

Djamiou ABOUDOU

L'EmissaireAdmin

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